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Une paix fragile

Jammu - et - Cachemire

Une paix fragile

Depuis la fin du Ramadan, des altercations entre hindous et musulmans ont éclaté à Kishtwar, ville de la région de Jammu. Quelques explications...

Un calme empreint de malaise domine à Jammu, après la flambée communautariste à Kishtwar. Des intérêts privés s’acharnent à tirer un profit politique de l’incident.

Par Shujaat Bukhari, traduit de l’anglais par Bénédicte PARVAZ AHMAD, extrait du magazine Frontline, 6 septembre 2013. 

            Comme s’il n’y avait pas suffisamment de difficultés, le Jammu-et-Cachemire a connu une flambée communautariste qui a débuté par une étincelle dans la ville montagneuse de Kishtwar, dans la vallée de la Chenab, le jour de la fête de l’Aïd. Il existe de nombreuses versions expliquant ce qui a conduit aux incendies volontaires du 9 août et à la mort de trois personnes, sans compter les innombrables blessés. Mais ce qui est certain, c’est qu’on a tenté de tirer « un macabre profit politique » de cet incident.

            On raconte que les troubles ont commencé par une altercation entre deux motards, alors que des milliers de musulmans s’apprêtaient à rentrer chez eux après les prières à l’Idgah de Kishtwar. Non seulement l’incident a-t-il eu un impact négatif sur les autres régions de Jammu où la paix entre les communautés reste fragile, mais ses répercussions ont été ressenties dans tout le pays. Le dirigeant du Bharatiya Janata Party (BJP) Arun Jaitley, a voulu se précipiter à Kishtwar, mais à l’aéroport de Jammu, les autorités l’ont empêché d’aller plus avant. Le couvre-feu a été imposé dans 7 des 10 districts de la division de Jammu. L’armée a été appelée en renfort à Kishtwar et à Jammu pour prévenir toute flambée de violence future. Cela a été utile, mais la tension était toujours palpable, même une semaine après les faits.

            Le Ministre d’Etat chargé de l’Intérieur, Sajjad Kitchloo, qui représente Kishtwar à l’Assemblée, a dû s’incliner devant les véhémentes protestations du BJP réclamant sa démission.  Le BJP l’accusait d’être « responsable » de l’incident, mais à part affirmer que le ministre se trouvait en ville et n’avait rien fait pour anticiper la chose, le Parti n’a  pas pu prouver son implication concrète. Cependant, le Ministre en Chef Omar Abdullah a cédé à la pression « nationale » en demandant à son collègue de faire ses cartons. Le gouvernement a également demandé l’ouverture d’une information judiciaire sur l’incident, qui a été confiée à un juge de la Haute Cour à la retraite.

            M. Kitchloo a dit avoir démissionné afin d’assurer la neutralité et la transparence de l’enquête. « Certains partis politiques tentent de me diaboliser pour de minables intérêts et me reprochent les évènements survenus lors de la fête de l’Aïd. Je suis innocent. Je n’ai pas commis de faute, j’ai la conscience claire et l’électorat de Kishtwar confirmera mon attachement à la laïcité. Je suis profondément blessé de voir que, pour des motifs politiques bien médiocres, certains se sont abaissés au point m’accuser de quelque chose que je n’avais pas fait », a-t-il dit. « Je veux que la vérité éclate. Le Ministre en Chef a ordonné une enquête judiciaire sur l’incident. Ma conscience ne me permet pas de poursuivre en tant que ministre tant que l’enquête sera en cours. »

            Après sa démission, M. Kitchloo a accusé le BJP d’être à l’origine de l’altercation. Il a affirmé que le secrétaire du BJP au niveau de l’état, ainsi que des officiers de la garde personnelle, avaient mené la foule à l’Idgah. « Dès que j’ai passé le portail pour sortir de l’Idgah, la foule s’en est pris à nos véhicules, » a-t-il déclaré à Frontline. Il a ajouté que la situation aurait pu être pire, s’il n’avait pas tenu les 25 000 musulmans en colère contre quelque 15 000 hindous. Il a ajouté que les sentiments étaient exacerbés parmi ceux qui s’étaient rassemblés pour les prières. « Mais sans mes ordres appelant à la retenue ainsi que les efforts de la police et des forces paramilitaires, il y aurait eu plus de 400 morts, » soutient Kitchloo.

            De l’autre côté, le BJP avance l’argument que Kitchloo n’avait pas demandé à l’administration du district d’agir, alors même qu’il détient un portefeuille aussi sensible que celui de l’Intérieur. Les chefs du parti affirment qu’au début, davantage de boutiques appartenant à la communauté hindoue avaient été visées par les attaques. En passant, Kitchloo avait battu le candidat du BJP Sunil Sharma de près de 2000 voix lors des élections de l’Assemblée.

            Cependant, ni la démission de Kitchloo, ni l’ordre d’ouvrir une enquête n’ont fait cesser les accusations mutuelles entre le parti au pouvoir, la Conférence Nationale, et le BJP. Omar Abdullah, citant les émeutes de Godhra au Gujarat en 2002, a demandé au BJP si quelqu’un avait démissionné par la suite. Le silence du Congrès, son partenaire politique dans la coalition au pouvoir, le contraint à se défendre seul. Même les partis de gauche l’ont critiqué, et Mayavati, la dirigeante du Bahujan Samaj Party (BSP), a demandé son renvoi.

            Le gouvernement d’Omar Abdullah était déjà aux prises avec une résurgence de l’insurrection dans l’Etat. L’incendie provoqué à Kishtwar s’étendant à Jammu et aux autres districts, la crainte était grande de voir se répéter l’agitation de 2008 qui avait suivi le transfert de propriété du site d’Amarnath à un conseil d’administration du lieu de pèlerinage (Amarnath Shrine Board). Cette fois-ci, l’armée est intervenue à temps pour sauver la situation, même si la majeure partie de la province de Jammu est restée plusieurs jours sous couvre-feu.

            On attribue l’incident de Kishtwar à l’échec de l’administration, qui est devenue totalement irresponsable sous la direction d’Omar Abdullah. Avec une population composée de 52% de musulmans pour 48% d’hindous, Kishtwar s’est retrouvé plusieurs fois à la limite de l’explosion, particulièrement en période d’élections pour la Lok Sabha ou l’Assemblée.  Les calculs politiques électoraux basés sur le vote des communautés religieuses ont prospéré ces 20 dernières années dans la région. 

Une tension montante

            Avant même les évènements du 9 août, Kishtwar était en ébullition. Le 26 juillet, une fille de la communauté majoritaire (musulmane, ndt) aurait été violée sous la menace d’une arme à feu par des membres du Comité de Défense Villageois (VDC, Village Defence Committee), à Kuntwara. Deux des accusés avaient été arrêtés et traduits en justice. Mais la tension qui n’avait cessé de monter suite à cet évènement a explosé le jour de l’Aïd.

            Les VDC, formés au milieu des années 1990 pour contrer l’insurrection et protéger la communauté hindoue, ont été récemment un sujet de débat. On questionne leur nécessité puisque l’insurrection a décliné dans toute la vallée de la Chenab. Selon la Jammu and Kashmir Coalition of Civil Society (JKCCS), dans le district de Kishtwar, 3174 des 3287 VDC sont placés sous l’autorité des hindous, le reste revenant aux musulmans. « Ce renseignement a été demandé au gouvernement en vertu de la Loi sur le Droit à l’Information (RTI). C’est évidemment une situation dérangeante, car le déséquilibre dans la possession des armes est une menace en cas de polarisation communautaire chaque fois qu’il se produit ne serait-ce qu’un incident mineur, » explique Khurram Parvez, coordinateur du programme.

            Les VDC sont une milice « volontaire », sous l’égide et sous approvisionnement de l’Etat. Les musulmans ont demandé leur dissolution, car ils sont un motif de division entre les communautés. Les séparatistes du Cachemire se sont ralliés à cette demande.

            D’autres problèmes persistent. Les partis politiques ont toujours utilisé les pourcentages plus ou moins égaux d’hindous et de musulmans, en particulier à Kishtwar, Bhaderwah et, dans une certaine mesure, à Doda, pour leurs objectifs électoraux.

Des communautés polarisées

            Au centre du débat sur les incidents du 9 août se trouve la version qui relate que des slogans séparatistes auraient alimenté les tensions le jour de l’Aïd. Mais selon le ministre en chef Omar Abdullah, « Ce n’est pas nouveau. Les séparatistes sont influents dans certaines poches des régions de la Chenab et du Pir Panjal. Et cela fait longtemps que ça dure. »

            Des témoins de l’incident ont raconté au présent correspondant que des musulmans avaient bien proféré des slogans comme « Nare takbir, Allahu akbar » (Dieu est grand) le jour de l’Aïd, mais ils ont insistés sur le fait que c’était un hymne religieux qui avait maintenant été repris par la rhétorique séparatiste dans la Vallée. Cependant, des sources indépendantes affirment que les slogans pro-indépendantistes trouvent de l’écho dans la région. « Mais ce n’est pas nouveau. La friction entre les communautés était assez récente, il y avait des problèmes dans les deux camps, et de nombreux jeunes ont dû entonner ces slogans par provocation, » analyse Ahmad Dar, journaliste à Kishtwar.

            La question qui dérange est de savoir pourquoi, malgré les informations des services de renseignement, le gouvernement n’a-t-il pas agi à temps. Beaucoup pensent que la démission de Kitchloo, qui selon un rapport avait dû escalader le mur du bengalow pour échapper à une foule venue dans l’intention de l’attaquer, ne peut supprimer cette interrogation.

            Avec le BJP qui cherche à augmenter sa mise avant les élections de 2014 et l’échec total de la coalition de la Conférence Nationale et du Congrès à agir pour anticiper l’affrontement, la vallée de la Chenab se retrouve actuellement polarisée.  La démission de Kitchloo sous la pression du BJP a pour les musulmans de la province de Jammu un arrière-goût de « défaite ». « Cela ne mènera à rien. Deux musulmans et un hindou ont été tués, même Omar Abdullah a fait la distinction dans son tweet. Cela pourrait certainement les pousser au pied du mur, et nous risquons de voir un groupe de nouveaux jeunes gens rejoindre les extrémistes. C’est une situation très dangereuse, » a déclaré à Jammu un érudit de renom qui souhaite garder l’anonymat.

            Le ministre de l’Union chargé de la santé et congressiste Ghulam Nabi Azad, quant à lui, a bon espoir que les choses se tassent. « Avec le Cachemire, Kishtwar fut le seul endroit à n’avoir connu aucun incident interreligieux en 1947. Et j’espère que (cet incident) restera une exception. Le BJP est responsable de cette flambée », a déclaré à Frontline M. Azad, qui est populaire dans la région.

            Une raison d’espérer est le calme qui a prévalu au Cachemire, qui ne s’est pas insurgé comme en 2008 sur la question du terrain d’Amarnath. Mis à part quelques fermetures de rideaux, la région est restée relativement calme. Cela pourrait contribuer à apaiser la situation à Jammu.

 

 

Le Pakistan libère 337 pêcheurs indiens

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20130824-le-pakistan-libere-337-pecheurs-indiens-cachemire

Le Pakistan libère 337 pêcheurs indiens

 

Les pêcheurs indiens ont quitté leur prison de Karachi vendredi 23 août.
Les pêcheurs indiens ont quitté leur prison de Karachi vendredi 23 août.
REUTERS/Akhtar Soomro
Par RFI

Près de 340 pêcheurs indiens détenus dans une prison de Karachi ont été libérés par les autorités pakistanaises. Un geste de bonne volonté du gouvernement de Nawaz Sharif, à l’heure où la tension monte entre Islamabad et New Delhi à propos de la région disputée du Cachemire. Depuis début août, les accrochages à la frontière ont déjà fait cinq morts de chaque côté de la frontière.

 

Avec notre correspondant à Islamabad, Joël Bronner

Les pêcheurs indiens qui étaient détenus au Pakistan sont en route pour la frontière de Wagah. Ils avaient quitté ce vendredi 23 août leur prison de Karachi, dans le sud du pays et seront remis ce samedi aux autorités de New Delhi.

Ces marins avaient tous été arrêtés pour avoir navigué dans les eaux territoriales pakistanaises. Une mésaventure qui arrive régulièrement aux pêcheurs des deux pays qui naviguent sans l’aide d’un GPS. Ce mois-ci, trois autres pêcheurs – pakistanais cette fois – incarcérés en Inde depuis 1999, avaient fait le chemin inverse pour retrouver leur pays.

Apaiser les tensions

Cette libération massive de plus de 300 détenus est avant tout destinée à apaiser les dissensions avec le voisin indien à propos du territoire disputé du Cachemire, cette région montagneuse, divisée entre l’Inde et le Pakistan et dont les deux pays revendiquent la souveraineté. La mort de cinq militaires indiens lors d’un raid début août avait mis le feu aux poudres.

Après cette attaque, dont les auteurs ne sont pas clairement identifiés, les incidents sont devenus quasiment quotidiens le long de la ligne de cessez-le-feu qui sépare le Cachemire en deux. Depuis le mois de janvier déjà – où trois militaires pakistanais et deux soldats indiens avaient été tués lors d’échanges de tirs – les négociations de paix entre les deux puissances nucléaires sont au point mort.

 
 

Actualités

 

INDE / ECONOMIE - 
Article publié le : dimanche 18 août 2013 à 12:56 - Dernière modification le : dimanche 18 août 2013 à 12:56
http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20130818-inde-roupie-chute-dollar-elections-2014

La dégringolade sans fin de la roupie en Inde

La devise indienne a atteint un nouveau plancher vendredi 16 août à 62,03 roupies pour un dollar américain. Elle a reculé de 13% en moins de huit mois.
La devise indienne a atteint un nouveau plancher vendredi 16 août à 62,03 roupies pour un dollar américain. Elle a reculé de 13% en moins de huit mois.
(DR)

La monnaie indienne connaît sa plus grave crise depuis plus de vingt ans. La roupie a perdu plus de la moitié de sa valeur face au dollar et le gouvernement peine à trouver la solution dans un climat de préparation des élections en mai prochain. 

Depuis 2008 la roupie a perdu 57% de sa valeur face au dollar et depuis le début de l'année la dégringolade s'accélère. Les capitaux étrangers quittent l'Inde en raison de la faible croissance économique, la plus faible depuis dix ans, et d'un déficit budgétaire en hausse.

Les mesures restrictives prises ces dernières semaines par la Banque centrale pour enrayer le recul de la roupie ont le double inconvénient d'être relativement inefficaces et de risquer d'effrayer les investisseurs étrangers. Ce qui ne ferait qu'aggraver la crise.

La perspective des élections de 2014 bloque toute réforme

Pour autant le Premier ministre Manmohan Singh refuse de voir se dresser le spectre de la crise de 1991 quand l'Inde avait frôlé la faillite. Mais, de l'avis des analystes, le vrai programme de réformes économiques qui pourrait redresser la situation n'est pas pour tout de suite.

Les élections qui auront lieu en mai 2014 empêchent le gouvernement de prendre des mesures plus fermes pour relancer la croissance, orienter les capitaux vers des investissements plus productifs et lutter contre la corruption.

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INDE - 
Article publié le : mercredi 07 août 2013 à 12:17 - Dernière modification le : jeudi 08 août 2013 à 08:21
http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20130807-inde-economie-crise-corruption-mittal-investissements
 

L'Inde, un géant à bout de souffle

Lakshmi Mittal cherchait depuis 2006 à ouvrir sa première aciérie en Inde ; il vient de jeter l'éponge.
Lakshmi Mittal cherchait depuis 2006 à ouvrir sa première aciérie en Inde ; il vient de jeter l'éponge.
Leon Neal / AFP
Par Sébastien Farcis

L'Inde connaît depuis plus d'un an un ralentissement économique inquiétant, avec une croissance tombée au plus bas depuis dix ans. La troisième économie asiatique souffre maintenant d'une autre hémorragie ; les investisseurs étrangers commencent à quitter le navire. Déçues par le potentiel de croissance indien, mais aussi par les lourdeurs administratives et la corruption, certaines grandes compagnies étrangères sont revenues de leur rêve indien.

Avec notre correspondant à Bombay 

L'entreprise la plus récente à annoncer son retrait est bien connue dans l'Hexagone : il s'agit d'Arcelor Mittal. Le leader mondial de la sidérurgie vient en effet de jeter l'éponge. Arcelor Mittal, contrôlé pourtant par l'Indien Lakshmi Mittal, cherchait depuis 2006 à ouvrir sa première aciérie dans le pays. Il prévoyait d'investir en tout 9 milliards d'euros, l'un des plus importants investissements étrangers des dernières années en Inde.

Le groupe avait déjà signé plusieurs contrats avec les autorités locales, mais il a été découragé par les délais extrêmement longs pour obtenir les terrains nécessaires et les droits d'exploitation du minerai dans cet Etat de l'Odisha. Il poursuit cependant ses efforts pour l'ouverture éventuelle de deux autres usines, moins grandes, dans deux autres régions. Le cas d'Arcelor Mittal est loin d'être isolé : la même semaine, un autre projet de sidérurgie engagé par le coréen Posco, a aussi été annulé, pour des problèmes similaires.

Mais d'autres secteurs sont également concernés. On peut citer la banque suisse UBS, l'américaine Morgan Stanley, ou le fabricant d'équipement de télécoms anglais Augere Wiresless. En tout, les investissements directs étrangers en Inde ont chuté de 27 % en un an seulement.

Crise économique et corruption

En cause, il y a bien sûr le ralentissement économique mondial, qui oblige les multinationales à investir avec parcimonie. Le français Peugeot avait par exemple annoncé il y deux ans la construction d'une usine dans le nord de l'Inde, mais a dû suspendre ce projet à cause de ses mauvais résultats en Europe.

Mais il n'empêche. Pendant cette même période, les investissements étrangers en Chine, eux, ont bondi de 20 %. Il y a donc un problème indien, et il est lié à une administration vétuste et corrompue.

L'acquisition de terrain reste le principal problème. La loi qui l'encadre est complètement obsolète, car elle date de l'époque coloniale. A cela, il faut rajouter les nombreux pots-de-vin qu'il faut payer à chaque étape et qui retardent les procédures. La Banque mondiale a ainsi placé l'Inde au 173e rang mondial, sur 185 pays, dans son classement de la facilité de démarrer une activité dans le monde.

Une réponse législative ?

Une des réponses peut être législative. Le Parlement, en session ces jours-ci, a l'opportunité d'adopter plusieurs lois, qui encadreront plus efficacement l'achat de terrains pour les industries ou qui mettront en place un organe anticorruption pour punir les fonctionnaires en cause.

Mais là encore, le parti du Congrès, à la tête du gouvernement, est en minorité dans les deux chambres et semble trop faible pour cela. Il faudra peut-être donc attendre les élections de l'année prochaine pour voir apparaître un nouvel élan politique et économique.

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L'économie de l'Inde tirée vers le bas à cause de la soif de l'or. Reportage vidéo en anglais de CNN. 

http://edition.cnn.com/video/?/video/business/2013/07/24/lklv-kapur-india-gold.cnn?sr=fbmainintl

Suite au séisme survenu le mois dernier à la frontière entre l'Iran et le Pakistan, des secousses se font sentir au Jammu-et-Cachemire côté indien : 

http://www.7sur7.be/7s7/fr/2664/Catastrophes-Naturelles/article/detail/1625267/2013/05/01/Un-seisme-fait-deux-morts-et-70-blesses-en-Inde.dhtml

Violences faites aux femmes : 

Dans son numéro du 17 juillet, India Today propose un dossier sur l'accès facile à la prnographie grace à l'internet mobile. 

            En Inde, il est interdit d’acheter ou de vendre des magazines ou des vidéos pornographiques. On en a cependant toujours trouvé  « sous le manteau », au fond d’un stock de revendeur de journaux ou de la besace d’un colporteur de train, ou encore dans les magasins de location de vidéos. Dans une société où le sexe est à la fois un tabou et un paramètre quasi-incontournable dans les interactions comportementales, internet avait déjà facilité l’accès à la chose interdite. L’internet mobile permet désormais de s’isoler encore davantage. L’aspect inquiétant que soulignent les articles d’India Today est la violence et le caractère malsain des contenus téléchargés. Peut-on cependant établir un lien entre cette tendance et l’augmentation des crimes sexuels dans le pays ? Ne faudrait-il pas traiter le problème à la base, en commençant par changer l’image de la femme dans une société indienne patriarcale ?

 

Du porno de poche

            Le téléphone portable a permis à la pornographie d’arriver dans les poches de tout le monde. Il est devenu facile de visionner des vidéos pornos, laissant craindre un raz-de-marée de pollution culturelle et de crimes sexuels.

Par Asit Jolly (extraits), India Today, version hindi, 17 juillet 2013

             Des centaines de milliers d’Indiens peuvent maintenant étancher leur soif de chair en téléchargeant sur leurs téléphones portables toutes sortes de clips vidéo pornographiques. D’autres encouragent même le crime en cherchant à se délecter de la souffrance d’autres. Selon un rapport commandé par le portail Themobileindia.com en 2012, plus de 9 millions d’Indiens téléchargent et se plaisent à regarder des vidéos pour adultes sur leurs téléphones portables. Inutile de dire qu’aujourd’hui, il est très facile de se procurer dans pratiquement n’importe quelle boutique de réparation de portables, cyber café ou même  sur le trottoir des micro cartes mémoire ou des clé USB contenant des vidéos de viol, d’adultère, de pédophilie ou de relations sexuelles violentes réelles ou fictives.

Du porno à chaque coin de rue.

            C’est vendredi. Il n’est encore que dix heures du matin. Une foule d’acheteurs se presse déjà dans les dédales de Ghaffar Market, à Karol Bagh (quartier de New Delhi, ndt). Assis sur un tabouret de plastique rouge, vêtu d’un tee-shirt jaune et d’un jean, le jeune Babloo Singh montre à quelques ouvriers rassemblés autour de lui des clips vidéo afin de justifier le prix qu’il demande. En commerçant aguerri, il vend à un ouvrier et à ses quatre collègues trois films bhojpuris et une douzaine de clips vidéo pour 150 roupies. Le tout est sauvegardé sur les cartes mémoire des smartphones chinois bon marché des ouvriers. Babloo dit à l’un d’eux : « Je t’ai vendu tout ça à un très bon prix. Je sais que tu vas tout partager avec tes amis gratuitement. » Puis il s’adresse à des clients potentiels. Il se tourne cette fois vers des lycéens en tapotant son ordinateur portable d’une manière reconnaissable. Il leur dit : « Dans ces nouvelles vidéos, il y a peut-être des filles que vous connaissez. » Il retire les cartes mémoire des smartphones des jeunes qui en retour le fixent avec des yeux grands ouverts.

            A Manish Market dans le sud de Mumbai, Salim, bien habillé, regarde des inconnus avec appréhension. Ils lui demandent des vidéos pornos avec tant d’insistance que Salim finit par craquer. En plus de remplacer l’écran fissuré de votre smartphone, il peut vous offrir bien d’autres services. Sans vous regarder, il marmonne : « 200 pour 4 GB ». Quinze minutes plus tard, vous recevez sur votre portable une cinquantaine de MMS d’une durée de 2 minutes et demie chacun comportant des vidéos tournées en caméra cachée dans des toilettes publiques ou des cabines d’essayage, ou montrant de (fausses) actrices de Bollywood en pleine action, dont les visages sont cachés. Salim leur donne un conseil : « La prochaine fois, demandez de la ‘viande aux lentilles’ » (ce surnom donné par les habitants de Mumbai aux Parsis sert de code pour demander des vidéos pornos pour les portables).

            Rohit Kumar, 22 ans, a abandonné ses études à mi-parcours pour vendre des vidéos piratées dans la rue, dans le secteur 17 de Chandigarh. Il déclare que les vidéos de viols locales ou étrangères sont ce qui se vend le mieux.

            Il dit en souriant : « C’est la première chose que tout le monde, les étudiants, les chauffeurs  de rickshaw ou des gens comme vous, réclame. » Mais peut-il les charger dans des cartes mémoire ou des clés USB ? « Pas de problème, vous servez livré demain. » 

Une addiction qui favorise les crimes

            Les Indiens auraient-ils aussi cet esprit pervers qui les attirerait vers le sexe violent ? Selon Google AdWorlds,  le mot-clé de recherche ‘’viol’’ a été tapé l’année dernière en moyenne 4,1 millions de fois par mois. On trouve aussi les mots-clés « indian girl raped », « raping video », « raping stories », « Raped in public », « little girl raped », « raping mum », « father raping  daughter », et « raped to death ». Et ce ne sont que les statistiques pour Google. Cela n’inclue pas les gens qui demandent des vidéos pornos dans les boutiques de réparation de portables ou dans les cyber cafés.

            Dans une maison chic de Chandigarh, Yishu, cuisinier âgé de 31 ans, déclare avoir été accroc aux vidéos sexy sur son portable, mais qu’il s’en est sorti. Pendant des années, ce jeune originaire de l’Assam a dépensé près d’un quart des 6000 roupies de son salaire mensuel en achat de vidéo pornographiques. Son épouse, qui vit au Jharkhand, lui a fait abandonner cette mauvaise habitude. « Ma femme n’aimait vraiment pas ça », dit-il En deux ans, tous deux ont pu acheter une moto avec l’argent qu’ils ont économisé sur l’achat des vidéos. Mais il conserve toujours un smartphone bon marché de côté. Employé au réfectoire d’une banque de Mumbai, à Nariman Point, Jayesh Patil, 19 ans, ne voit pas ce qu’il y a de mal à regarder des vidéos sexy sur son portable. Il achète tous les mois pour 800 roupies de clips vidéos dans les boutiques à la sortie du terminus de Shivaji Chatrapati. Il étudie à l’école du soir de Patil Parel et affirme que sa consommation vidéo n’a pas affecté ses études. Toutes les classes sociales sont intéressées par ce mode de visionnage solitaire qui permet de s’abriter du regard des autres. Manmit Kaur, 25 ans, a été soufflée quand elle a trouvé des vidéos de viol sur le smartphone de son petit copain. Il y avait aussi parmi ces vidéos des scènes intimes de lui avec son ex-petite amie. Manmit s’est d’abord disputée avec l’ex de son petit copain à ce sujet, puis elle a fini par rompre avec ce dernier. Selon elle, « il me trompait avec son portable. »

 

Une déferlante à venir

            En février 2013, le groupe « Moral Consciousness » installé à Mysore a enquêté sur 964 lycéens et jeunes étudiants pendant près d’une année entière. Il s’est avéré que 75 % d’entre eux avaient déjà vu des vidéos pornographiques. Selon cette étude, les étudiants étaient six fois plus nombreux que les étudiantes à visionner des vidéos pour adulte sur leurs téléphones portables. Même si cela semble incroyable, 9 millions d’Indiens utilisent leur portable pour télécharger des contenus pornographiques. Ils dépensent pour cela en moyenne 5 500 roupies par an. L’avenir est connu d’avance. La société américaine Strategy Analytics estime que d’ici à 2015, les usagers de smart phones représenteront 33% du total des usagers de téléphones portables. Selon Convergence Catalyst, qui depuis Bengaluru observe l’industrie des téléphones portables, le marché des smart phones doublera d’ici à la fin de l’année 2013 pour atteindre 44 millions d’appareils.

            En janvier dernier, Niyaz Raza, un homme de 70 ans résidant dans le quartier de Mumbai appelé Govandi, a été inculpé pour le viol d’une jeune fille de 13 ans. C’était sa sixième victime. Raza Niyaz est aussi accusé d’avoir filmé avec son téléphone portable pendant 12 minutes une scène de fellation et d’avoir partagé la vidéo. Récemment, le 15 avril dernier, les ouvriers Manoj Shah, 22 ans, et Pradip Kumar, 19 ans, ont reconnu en garde à vue avoir abusé d’une fillette de cinq ans dans l’est de Delhi. Ils venaient de regarder une vidéo porno sur leur portable.

 

Quelle est la gravité de cette tendance ?

            En avril 2013, à Indore, l’avocat Kamlesh Vasvani a saisi la Cour Suprême pour demander la création d’une loi qui rendrait le visionnage de contenus pornographique passible d’arrestation sans possibilité de libération sous caution. Selon Vasvani, la société indienne s’expose à un grave danger à venir. Les enfants peuvent avoir accès à plus de 200 milions de vidéos à contenu pornographique, violent, cruel ou destructeur. On n’avait jamais connu un tel chiffre auparavant.

            Dans un article sur les violences faites aux femmes paru sur le centre de ressources en ligne américaine VAWnet, Robert Jenson écrit que toutes les études disponibles sur les années 70 soutenaient la critique féministe de la pornographie, disant qu’elle était nuisible aux femmes et aux enfants. La psychologue et activiste féministe Kishwar Ahmad Sharali, 70 ans, affirme que le lien entre le développement de la pornographie et les crimes sexuels n’avait pas encore pu être établi. Elle travaille avec les femmes et les enfants victimes de violence au Cachemire. Selon elle, « La plupart des auteurs de viols sont des Indiens qui, avant l’arrivée de la pornographie, ont été élevés dans une société patriarcale qui les a nourri d’un sentiment de mépris pour les femmes. » (…)

 

Par Koshik Deka, Bhuvan Bagga, J. Binduraj et Kiran Tare. Traduit par Bénédicte Parvaz Ahmad. 

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