Environnement

Environnement

L'environnement est un enjeu encore bien trop sous-estimé en Inde. Pourtant, le pays possède des ressources intéressantes, dont le soleil ou l'eau de pluie pendant la mousson. 

Voici la traduction d'un article paru récemment dans India Today (version hindi), parution du 17 juillet 2013, qui revient sur les inondations récentes en Uttarakhand, piedmont himalayen où prennent leur source le Gange et la Yamuna. Etant donnée la symbolique que revêtent les fleuves dans l'hindouisme, l'Uttarakhand regorge de lieux de pèlerinage et le mois de juin, mois de vacances scolaires dans la plupart des états, est un mois de forte affluence touristique. Des dizaines de milliers de pèlerins ont ainsi été pris au piège les 16 et 17 juin et des milliers de personnes ont perdu la vie. 

L'article attire ici l'attention sur le réchauffement climatique supérieur à la moyenne qui sévit dans la région. 

Traduit du hindi par Bénédicte Parvaz Ahmad. 

Le début de la revanche de l’Himalaya

            Les scientifiques craignent que la catastrophe de Kedarnath ne soit qu’une prémisse de catastrophes  futures plus importantes.

Par Sandip Unnithan

            Les inondations terribles et les gravats charriés par les eaux ont semé la mort, la désolation et le chaos dans la vallée de Kedernath en Uttarakhand entre le 16 et le 17 juin. En l’espace de seulement 24 heures, ils ont bouleversé les vies de dizaines de millions d’habitants de l’Himalaya et de Talhati. Les survivants de cette terrifiante catastrophe racontent avoir vu des milliers de tonnes de gravats charriés par les flots, dévastant tout sur leur passage. Les pèlerins hurlant et implorant, surpris par l’effrayante et soudaine montée des eaux, n’ont pas eu le temps de s’enfuir. Leurs cris se sont perdus, noyés dans ce désastre. D’énormes rocs ont été emportés par le courant et déplacés sur plusieurs mètres, comme de simples fétus de paille. L’inondation, qui a emporté le hameau voisin du temple de Kedarnath ainsi que toute chose qui se trouvait dans son sillage sur 40 km de distance, a rappelé aux scientifiques une réalité qu’ils avaient négligée depuis trop longtemps. La réalité, c’est que les glaciers de l’Himalaya fondent très rapidement, menace d’une destruction gigantesque. Cet épisode de GLOF (Glacier Lake Outburst Floods, une fonte des glaciers qui fait déborder le lac de montagne, ndt) s’est produit sans prévenir suite à d’importantes précipitations, des secousses sismiques imprévues et la fonte des glaciers.

            Selon Maharaj K. Pandit, directeur du Centre for Interdisciplinary Studies of Mountain and Hill Environment à Delhi University : « L’inondation survenue à Kedarnath n’est peut-être qu’un signe infime annonciateur d’une inondation dévastatrice. Une inondation comme on n’en aura sans doute jamais vu. » Les autres scientifiques s’accordent également à dire que les précipitations abondantes du 16 juin ont rapidement rempli le lac glaciaire de Chorabari, qui se trouve à seulement 4 km au-dessus de Kedarnath. La pluie continue a ensuite fait déborder le lac. Les rives fragiles du cours d’eau ont cédé et le torrent est sorti de son lit.

 

            La réalité se révèle peu à peu

 

            D’après les indices trouvés sur les lieux de l’incident, juste en dessous de l’embouchure du glacier Chorabari, le lac glaciaire a débordé brusquement  et a dévasté tout dans la vallée de Kedar. Au matin du 17 juin, deux jeunes chercheurs de la station de glaciologie du WIHG (Wadia Institute of Himalayan Geology) se sont rendus sur place pour une étude. La station se trouvait au bord du lac Chorabari, qui se remplissait à grande vitesse. Le danger était inévitable. Ils ont entendu une puissante déflagration légèrement atténuée par la pluie incessante. Comme ils l’ont rapporté au scientifique en chef Dwarika Prasad Dobhal du WIHG : « On aurait dit une grosse explosion. » Dobhal a déclaré à India Today : « Les jeunes gens ont trouvé le moyen de se sortir de là et se sont réfugiés sur une montagne voisine. Impuissants, ils ont regardé la rive du lac céder et l’eau se déverser. L’eau se dirigeait même vers leur station d’observation qui était installée dans une tente. »

            Au cours des 100 dernières années, de l’Afghanistan au Myanmar, on compte à travers la chaîne de l’Hindukush et de l’Himalaya 50 cas où les rives de lacs glaciaires ont cédé et provoqué des inondations, qui n’ont peut-être pas pu être correctement enregistrés dans la vallée supérieure du Gange. En 1929, la rive du lac glaciaire du Chong Kumdan, dans les montagnes du Karakoram, avait cédé, libérant 15 milliards de mètres cube d’eau dans la vallée de l’Indus. A Attock (Pakistan), le niveau de l’eau avait monté de 8 mètres, alors que la ville se trouvait à 1300 km de là. Par la suite, le 4 août 1985, dans l’est du Népal, le lac du glacier de Ding Tsho avait dévasté un barrage hydroélectrique, 14 ponts et des milliers d’hectares de terre arable. A l’International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD) de Katmandu, Pradim Mool travaille sur les GLOFs et les glaciers. Il a eu recours à un système d’informations géographiques par satellite (GIS) ainsi qu’à la technique de détection à distance de haute sensibilité pour obtenir des informations sur près 20 000 lacs glaciaires à travers tout l’Himalaya, de l’Afghanistan au Bhoutan, en passant par le Pakistan, le Tibet, l’Inde et le Népal. Il déclare que « plus de 200 lacs ont été placés dans la catégorie ‘dangereux’ ».

           

            Comme une épée de Damoclès

 

            Ce sont des bombes à retardement. Sans prévenir, les GLOFs peuvent en quelques heures, voire seulement quelques minutes, libérer des milliards de mètres cube d’eau. Cette eau qui s’est accumulée pendant des décennies. Selon Mool : « Ils ont la capacité de provoquer de graves dégâts. » Il ajoute que d’autres spécialistes ne cessent d’exprimer la même crainte, et que leur nombre ne cesse de croître. Ils ont déjà donné l’alerte en parlant de « tsunami de l’Himalaya ».

            Pandit est d’avis que la chaleur en altitude augmente dans les zones enneigées, entraînant non seulement l’agrandissement des lacs, mais aussi la formation de nouvelles sources. En 2008, un rapport pour le Ministère de l’environnement et des forêts du spécialiste Pandit et de ses collègues de Delhi University indiquait qu’il existait 316 lacs glaciaires dans la vallée de Tista, au Sikkim. L’ICIMOD en a compté 50 de plus en quatre ans.

             Dans la partie indienne de l’Himalaya, la température a augmenté d’1°C en dix ans, soit beaucoup plus que la moyenne mondiale. Le réchauffement au Sikkim, qui est trois fois supérieur à la moyenne mondiale, est préoccupant. Le groupe Earth System Sciences and Climate Change de l’université de Wageningen aux Pays-Bas affirme que d’ici 2050, la température aura augmenté d’un à deux degrés Celsius dans la vallée du Gange. Dans une interview datant de 2012, il avait prédit « Puisque le réchauffement provoquera une augmentation des précipitations, les chutes de neige diminueront de 30% dans l’Himalaya.»

            Dans une étude de 2012 de la revue Conservation Biology, Pandit et son co-auteur R. Edward Grumbine ont montré que la faune et la flore himalayenne montent en altitude à cause du réchauffement. Pandit affirme qu’ « On ne doit pas ignorer les signes biologiques. Cela signifie qu’il y aura moins de neige, et c’est pour cette  raison que les glaciers fondent et rétrécissent. »

 

            Le danger rôde à l’Est

 

            Le Sikkim est le plus exposé au danger d’une inondation à venir dans le cas où une rive de lac glaciaire viendrait à céder. Le géologue suisse Rafael Vorni et ses collègues ont mené une étude complète du lac du glacier de Shako Cho, à 5000m d’altitude dans la partie inférieure sud du Kanchenjunga, dont le rapport paru en 2012 indique que si la rive se fissure, 16 millions de mètres cubes d’eau déferleront à un débit de 7000 m3 par seconde, causant d’importants dégâts. Dans le nord du Sikkim, une source dangereuse se trouve ainsi à la base du glacier de South Lonak, à 7000m d’altitude. Ce lac réservoir s’étend sur 99 hectares et contient 19,7 milliards de mètres cube d’eau et représente une menace importante.

            Le danger augmente également dans les autres régions himalayennes où les glaciers reculent. Outre l’exemple de Kedarnath, les chercheurs de l’IIT (Indian Institute of Technology, ndt) de Mumbai ont enquêté sur six lacs glaciaires situés dans la vallée de Chandrabhaga, à Lahaul Spiti (état d’Himachal Pradesh, ndt). Ces lacs se sont créés entre 1963 et 2010. Les dimensions des lacs récents ont beaucoup augmenté. Les études nous ont appris que les glaciers de la vallée reculent à la vitesse de 15 mètres par an. Cette vitesse a été la plus forte au cours de la dernière décennie.

            Le Népal et le Bhoutan comptent parmi les premiers rares pays à avoir pris des mesures pour reconnaître l’importance nationale d’une catastrophe éventuelle déclenchée par l’explosion de la rive d’un lac. A l’opposé, l’Inde fait bien peu de cas des glaciers himalayens et de leurs dangers potentiels. Quelques spécialistes et géologues expriment leur envie d’aller sur le terrain pour compléter les données obtenues par satellite.

            Mais comme le dit Pandit : « Il va falloir abandonner la négligence et la paresse. Bientôt, nous n’aurons peut-être même plus l’alternative de la négligence. Kedarnath en est un exemple criant. » Kedernath nous répète sans cesse la même histoire. Mais selon Dobhal, spécialiste des glaciers au WIHG, les inondations des 16 et 17 juin ne résultent pas des GLOF, car « on n’a pas connu de tel incident depuis 20 ans dans la vallée du Gange. » Il reconnaît cependant que les signes sont de très mauvais augure. 

Association ETC (c) 2013

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