RAMBAN Séjour août - septembre 2012

Séjour à Ramban - Août et septembre 2012

L’association ETC s’est rendue cette année au mois d’août à Ramban afin de suivre les différents projets. Nous avons vu les enfants parrainés, rencontré la professeure d’alphabétisation, recouvré la totalité d’un micro crédit et avancé dans l’enregistrement de l’association en Inde.  

 

  1. 1.    Le parrainage des enfants

 

Nous avions quitté Ramban l’année dernière avec 30 enfants parrainés, dont quatre filles recrutées au lycée de filles de Ramban. Notre contact sur place, Samina Begum, était chargée de vérifier si la situation de ces filles correspondait bien aux critères économiques et sociaux tels que nous les avions fixés, car nous avions reçu des informations de la part des professeurs du lycées, mais n’avions pas eu le temps de nous rendre dans leurs familles. Il s’est avéré que si les filles sont bien toutes orphelines (de père), elles sont bien prises en charge par leurs oncles et ne sont pas dans une situation de pauvreté qui justifierait une prise en charge de notre part. Samina a donc entrepris d’étudier des cas plus préoccupants en attendant notre aval. Elle a ainsi enquêté et sélectionné quatre nouveaux cas :

 

      a. Les boursiers recrutés en 2011 :

 

- Aliya est une jeune fille de 16 ans qui habite à Malauti, une petite localité près de Bhadrawah, à 80 km de Ramban. Que la distance ne vous effraie pas, près de cette localité réside plusieurs personnes de la famille de Parvez. Nous avions rencontré cette jeune fille il y a quelques années, elle avait été contrainte d’arrêter sa scolarité car ses parents ne pouvaient plus payer ses frais. Parvez et moi lui avions financé les manuels pour une année, elle sera désormais prise en charge par ETC. Son père est meunier. Du fait de son éloignement, elle a reçu en une seule fois son quota de fournitures pour toute l’année scolaire.

 

- Imtiaz et son frère Parvez habitent à Bradgadi à 22 km de Ramban. Leurs parents ont été victimes l’année dernière d’un accident de minibus meurtrier lorsque le véhicule dans lequel ils voyageaient est sorti de la route pour tomber dans la rivière Chenab. Ils vivent désormais très démunis avec leur grand-père et leur sœur a dû être mariée précocément suite à cette tragédie. La nouvelle de l’accident, relativement violent et affectant des passagers locaux, avait été propagée jusqu’à Ramban et c’est ansi que Samina en a eu connaissance. Parvez est un jeune homme de 20 qui étudie en première année de licence. Etant donné son âge et le fait qu’il soit un garçon, nous ne l’avons pas retenu dans la prise en charge d’ETC. Ses études sont financées actuellement par Samina et Parvez. Imtiaz, quant à lui, est en huitième classe (quatrième) et a  14 ans. C’est un garçon sérieux, motivé dans ses études, c’est pourquoi nous avons validé son dossier.

     

 

      - Mahnaz Bano habite Tatarsoo, localité où nous avons déjà quelques filleules. Son père est ouvrier journalier. A douze ans, Mahnaz étudie en quatrième (équivalant du CM1) seulement car elle a commencé tardivement l’école.  Elle a cinq frères et sœurs, dont un frère plus jeune qu’elle et plusieurs sœurs déjà mariées.

 

                 b. La réunion annuelle

 

Nous avons tenu la réunion annuelle des filleuls le 25 août, en précisant cette fois-ci que nous voulions également parler à au moins un des deux parents ou tuteur de chaque enfant pour régler les affaires habituelles.

Certains parents ne connaissaient que Samina et ne m’avaient jamais rencontrée, pour des raisons diverses (absence lors des dernières réunions, inscriptions récente), et pouvaient se laisser influencer par ces rumeurs. Je leur ai donc rappelé l’origine de notre action et son ancienneté, et ai rappelé le caractère laïc de notre association. Nous avons alors pris en exemple les élèves les plus  anciennes que nous suivons depuis maintenant cinq ans et leur avons demandé si elles avaient reçu des pressions ou des informations relatives au christianisme.

Précisons que la réunion s’est tenue dans une salle de classe du lycée de fille de Ramban que l’administration nous avait gracieusement prêtée en dehors des heures de cours.

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            c. Les nouveaux dossiers de septembre 2012

 

Plusieurs cas d’enfants dans des situations difficiles nous ont été signalés. Nous en avons retenus deux pour l’instant, sachant que nous pouvons encore en prendre quatre.

 

- Nasir : Sa maman, assez âgée, est atteinte d’une tumeur cancéreuse au bras faute d’un diagnostic tardif et se trouve en phase terminale. Son père est ouvrier journalier. Il a neuf ans et étudie en deuxième (CE1). Il nous a été signalé par la grand-mère d’Imran qui est sa voisine.

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- Saïma : Agée de huit ans, elle vient seulement d’entrer à l’école, faute d’argent. Elle a six frères et sœurs, la plupart plus âgés qu’elle, et vit à Tatarsoo. Ses parents sont tous deux des ouvriers agricoles en situation précaire. Elle vient d’avoir une petite sœur.

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  1. 2.    Les cours d’alphabétisation

 

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Tasleema, la professeure chargée de faire la classe aux femmes qui souhaitent apprendre à lire et à écrire. Diplômée d’une licence en sciences de l’éducation, elle continue ses études en maîtrise par correspondance. Elle travaillait initialement dans une école privée de Ramban pour un salaire misérable.

Tasleema est une jeune femme qui nous est apparue très motivée et enchantée par sa mission auprès des femmes, malgré des déboires. Pour rappel, les cours devaient avoir lieu initialement par sessions de quinze jours par mois à Tatarsoo et quinze jours à Suhar. Avant le début du programme, Tasleema avait battu la compagne afin de le faire connaître à un maximum de femmes. Beaucoup sont venues initialement mais ne sont pas restées : affaires familiales, travail… Les raisons invoquées sont diverses et certaines se sont même mises à argumenter qu’elles n’allaient pas passer des concours administratifs et que cela ne servait à rien. Quatre femmes sont restées motivées, mais c’était trop peu pour maintenir une classe. Tasleema a bien expliqué les buts pratiques de cette formation, qui devait permettre aux femmes d’être plus autonomes dans leurs démarches au quotidien et leur donner plus de confiance en elles. Après cette expérience, Tasleema est allé voir à Seri, à 3 km de Ramban, localité où certaines femmes nous avaient fabriqué quelques pochettes de portables. Elle n’a pas été très bien reçue et on a demandé à l’association de payer un loyer pour la salle de cours.

 

Finalement, Tasleema s’est installée à quelquesencablures de Maitra, dans le lieu-dit « TV Tower », chez le sarpanch (chef local). Neuf élèves de tous âges viennent apprendre auprès d’elle l’ourdou, l’anglais et les bases des mathématiques. Certaines sont remarquablement douées et en un mois savaient déjà écrire de courtes phrases en ourdou et en anglais. L’élève la plus remarquable est sans doute cette femme gujar de 60 ans dont le but est d’apprendre à lire l’ourdou pour comprendre la traduction du Coran. Nous avons donc été agréablement surpris par cette classe qui fonctionne bien et avons demandé à Tasleema si elle avait besoin de matériel pédagogique. Elle dispose pour l’instant de cahiers et de crayons, il serait utile de lui payer un tableau noir, des craies et des posters de grande taille. Nous pensons maintenir Tasleema à cet endroit pour l’instant.

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L'élève la plus âgée, et la plus motivée du groupe.  Tasleema (en beige) avec l'une de ses élèves. 

 

 

 

 

 

 

 

  1. 3.    Les prises en charge médicales.

 

Deux petites filles parrainées par ETC avaient besoin d’une prise en charge médicale : Nasreen et Maria.

 

  1. a.     Nasreen

 

Nasreen est la fille de Shamim, première femme à avoir contracté un microcrédit. Elle est filleule d’ETC depuis 2009. Depuis plusieurs mois, elle souffrait d’infections urinaires, et il s’est avéré que son cas était plus grave qu’initialement diagnostiqué. Au mois de juillet, elle a été opérée en urgence à Jammu. Si l’opération a été gratuite, es frais d’ambulance et postopératoires sont élevés et à la charge de la famille. Nous avons pris en charge ces frais contre présentation de factures, ainsi que le trajet de Ramban à Jammu en bus pour une visite de contrôle. Nasreen a beaucoup maigri ma va bien, elle avait passé les examens de fin d’année malgré une forte fièvre et sa mère avait dû la porter jusqu’à l’école. Nasreen est passionnée d’informatique (enfin une filleule dont on connaît les désirs), c’est une élève sérieuse qui prend aussi des cours de soutien.

 

  1. b.    Maria

 

Maria est la petite fille albinos que nous avions recruté fin 2010. En février 2011, Nicole lui avait offert des lunettes de soleil et une casquette pour la protéger du soleil. En septembre 2011, nous avions remarqué que ses lunettes de soleil étaient très sales, signe qu’elle ne devait pas les porter très souvent, ce que nous ont confirmé ses parents cette année. Samina nous a informé qu’au cours de l’année, son père a retiré Maria de l’école car elle était sujet de moquerie pour ses camarades et ne pouvait se défendre. Nous avions alors pensé l’intégrer au groupe d’alphabétisation de Suhar, mais son père n’a pas voulu. Face à son entêtement et à sa négligence devant l’état de sa fille, nous avons eu l’idée d’emmener Maria et son père à une consultation médicale à Srinagar, afin que ce dernier entende de la bouche de spécialistes qu’il était important que sa fille soit suivie médicalement. Les négociations ont duré des mois, le père refusant de venir avec nous. Nous avons pensé l’indemniser pour les journées où il ne travaillerait pas, car Srinagar se trouve à quatre heures de route de Ramban et la démarche nécessite au mois une journée de congé. Son refus a perduré jusqu’à notre visite à son domicile, un soir. Il nous a alors appris que des voisins lui répétaient sans cesse que nous nous intéressions à sa fille car nous voulions la kidnapper et l’emmener en France.

Après un voyage long et pénible pour Maria et son père, qui n’avaient jamais été aussi loin en voiture et ont été malades durant tout le trajet, nous avons rencontré un ophtalmologiste et un dermatologue. Le spécialiste des yeux a été très touché par notre démarche et a offert ses services gratuitement. Il nous a donné l’adresse de son autre cabinet à Anantnag, plus proche de Ramban, et nous a proposé de lui envoyer les autres enfants souffrant de problèmes des yeux. Il a bien expliqué, simplement, comment protéger les yeux de Maria de la lumière et nous a dit qu’elle pourrait suivre la classe si elle portait constamment des lunettes de vue solaires. Ses conseils étaient judicieux car Maria a une petite sœur âgée d’un an dans le même cas qu’elle.

Le dermatologue a expliqué simplement le problème génétique dont souffrait Maria et la nécessité de protéger constamment sa peau du soleil pour éviter le développement ultérieur de cancers cutanés. Les crèmes solaires à indice maximal sont très couteuses et nous en prendrons la charge. Une amie en France m’a suggéré de démarcher les laboratoires pharmaceutiques afin d’obtenir des échantillons gratuits.

 

Nous avons profité de l’occasion pour suggérer au père de Maria de nous laisser prendre en charge l’éducation de la grande sœur de Maria, qui était inscrite depuis l’année dernière parmi les filleules, mais que son père refusait d’envoyer à l’école. Il n’avait pas pris ses fournitures scolaires, toujours dans le doute qu’on pourrait lui enlever sa fille (suggestion du voisinage). Or cette année, nous avons appris que cette fille était placée comme baby-sitter à temps plein, à l’âge de 11 ou 12 ans, chez une enseignante qui ne la payait pas mais avait juré de l’instruire. J’ai expliqué au père que, d’une part, c’était illégal, et que d’autre part, dans tous les cas similaires que j’avais été amenée à rencontrer, l’enfant se faisait exploiter et n’apprenait rien, car l’enseignant est accaparé par son travail pendant la journée et par ses cours de soutien en soirée. Il n’a donc pas le temps de s’occuper de son « protégé ». De plus, l’enfant baby-sitter est souvent exploitée pour des tâches bien plus diverses que la surveillance d’un bébé et est transformé en véritable bonne à tout faire. Nos paroles ont semblé l’avoir touché car il nous a autorisé à prendre sa fille en charge pour l’année à venir. D’ici le mois de décembre, nous espérons qu’il ne changera pas à nouveau d’avis.

Tout à fait par hasard, j’ai eu l’occasion de croiser la fameuse enseignante – exploitante pour lui rappeler qu’elle avait choisi la vocation d’éduquer les enfants et non pas celle de les exploiter, que c’était une femme instruite qui ne pouvait décemment pas charger la responsabilité de l’éducation de son bébé sur le dos d’une fillette de onze ans. Elle m’a rappelé qu’en tant que femme sans enfant, je ne pouvais comprendre comme il est difficile d’élever un enfant, ce à quoi je lui ai répondu que dans mon pays aussi les femmes avaient des enfants et se passaient très bien des services non stop des fillettes de onze ans.

 

4. L’enregistrement de l’association

 

L’association locale que présidera Samina Begum afin de clarifier le statut des dons qu’elle reçoit vis à vis des autorités indiennes s’appellera Rahe Ujala (Chemin de Lumière). L’enregistrement avait déjà commencé il y a un an, mais certaines personnes du bureau provisoire ont dû être remplacées suite aux rumeurs dont je vous ai parlé précédemment.

Avec Samina Begum, nous sommes allées au commissariat déposer le dossier. Une enquête de moralité devrait s’ensuivre. Nous espérons que le processus aboutira d’ici quelques mois.

 

  1. 5.    Le microcrédit

 

Il nous restait trois microcrédits à recouvrer : Sardara, la femme amputée d’une jambe et habitant Suhar, vient de rembourser le sien. Shamim, qui en est à son deuxième emprunt, rembourse régulièrement et se maintient économiquement. Sheila Devi n’avait pas remboursé les cinq derniers mois, aussi sommes-nous allés la rencontrer afin de savoir ce qu’il se passait. Elle nous a remboursé une mensualité, disant qu’elle avait régulièrement payé, mais que Samina, qui avait été malade, ne s’en souvenait pas. Pour éviter d’opposer la parole de l’une contre celle de l’autre, nous avons vérifié le compte sur lequel les mensualités étaient versées et avons constaté que Sheila nous faisait bien défaut. Or sa situation économique s’est bien améliorée suite à la revalorisation de sa pension de réversion. Elle est donc en mesure de nous payer la somme manquante, d’autant qu’ensuite il ne lui restera plus que trois mensualités.

 

  1. 6.    Une visite surprise

 

Au cours de notre voyage au Ladakh l’année dernière, nous avions fait la connaissance, au cours d’un trek, de Mathias Nadaluti, un français d’une quarantaine d’années sourd de naissance qui donne des formations d’anglais aux enfants sourds ladakhi. Il a également travaillé dans des instituts pour sourds au Népal, au Cambodge et aux Philippines.

Il est venu nous rendre visite à Ramban alors qu’il était en route pour Leh via Srinagar. Nous avons organisé une visite à Suhar chez des enfants sourds du secteur, et on nous a amené également des enfants handicapés mentaux. J’ai expliqué à Mathias que je recherchais des psychomotriciens et des spécialistes de la langue des signes qui pourraient former quelqu’un sur place qui s’occuperait des enfants. Cela améliorerait considérablement leur qualité de vie. Dans les jours qui ont suivi, Mathias m’a envoyé les contacts de diverses associations à Srinagar susceptibles de nous intéresser. Il nous faudra maintenant travailler ces pistes.

 

Conclusion :

 

Le bilan est globalement positif, nous n’avons eu à faire face aux désagréments de l’année dernière en matière de désistement des enfants qui avaient reçu leurs fournitures scolaires. Les pistes de travail demeurent au niveau de l’éducation des femmes et des personnes handicapées physiques ou mentales. 

Association ETC (c) 2013

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